Vivre à la campagne

Gérer une petite prairie pour chevaux : chargement, rotation et paddock d'hiver

Vivre à la campagne · Publié le 2026-10-22

Trois chevaux konik à robe isabelle dans une prairie humide, un village et des collines au fond
Chevaux koniks entretenant une prairie de marais. Photo : Pmau, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Sur un ou deux hectares, l'herbe est la ressource la plus précieuse et la plus fragile. Bien gérée, une petite prairie nourrit des chevaux une bonne partie de l'année et leur offre l'espace et le mouvement dont ils ont besoin. Mal gérée, elle se transforme en quelques saisons en terrain pelé, couvert de refus et de mauvaises herbes, boueux l'hiver. La différence tient à quelques principes simples, que l'IFCE a formalisés à partir de suivis d'élevages.

Le cheval, un brouteur exigeant

Le cheval broute ras, choisit les espèces qu'il préfère et délaisse les zones où il fait ses crottins. Il crée ainsi, dans un même pré, des zones surpâturées, où l'herbe n'a plus le temps de repousser, et des zones de refus, où l'herbe monte en graines et durcit. Il piétine aussi beaucoup, surtout sur sol humide. Ces comportements expliquent pourquoi un pré laissé à l'usage continu des mêmes chevaux se dégrade plus vite qu'une pâture à bovins.

Combien de chevaux par hectare ?

L'IFCE exprime le chargement en unités gros bétail (UGB) : un cheval de selle adulte de 550 kg vaut 0,71 UGB ; un poney ou un âne, moins ; un cheval de trait, davantage. Les références publiées sur sa plateforme équipédia donnent des ordres de grandeur qui varient avec la saison.

Printemps
De l'ordre de 40 à 50 ares par UGB en pâturage tournant, dans les régions herbagères arrosées et sans fertilisation azotée ; de 50 à 60 ares par UGB en pâturage continu.
Été
La pousse ralentit : de 70 à 80 ares par UGB en pâturage tournant, 80 ares par UGB ou davantage en pâturage continu. À défaut, il faut réduire le nombre de chevaux de 30 à 50 % selon la sensibilité de la zone à la sécheresse.
Hiver
L'herbe ne pousse presque plus ; la prairie sert surtout d'espace de vie et doit être protégée du piétinement. Le foin prend le relais.

Pour un pâturage continu, où les mêmes chevaux restent toute l'année sur la même parcelle, l'IFCE conseille de rester sous 1 UGB par hectare, soit l'équivalent d'un à deux chevaux par hectare. Ces chiffres sont des repères de départ, à ajuster selon la région, le sol et l'année. Ils montrent surtout une chose : la surface qui suffit en mai peut manquer en août. D'où l'intérêt de prévoir dès le départ un découpage et une réserve de foin.

Découper et faire tourner

Le pâturage tournant consiste à diviser la surface en plusieurs parcelles et à y faire passer les chevaux successivement, en laissant à chaque parcelle un temps de repos pour que l'herbe repousse. Même avec deux ou trois parcelles seulement, le gain est réel : l'herbe est consommée à un stade plus nutritif, les refus diminuent, la prairie se densifie.

Gérer les refus et le crottin

Les zones de refus finissent par couvrir une part importante d'un pré de chevaux. Un broyage ou une fauche de nettoyage après le passage des animaux remet la parcelle à niveau. Le ramassage régulier des crottins, sur les petites surfaces, limite à la fois les refus et la contamination de l'herbe par les larves de parasites : c'est l'une des bases de la vermifugation raisonnée recommandée par l'IFCE.

Le moment de l'intervention compte aussi pour les parasites. Selon l'IFCE, la fauche, le broyage ou le hersage ont un effet positif par temps sec et chaud, ou avant l'hiver, quand les larves se retrouvent exposées aux UV ou au gel, à condition de laisser ensuite la parcelle au repos quelques mois. Par temps humide, ils disséminent au contraire les larves sur la parcelle.

Faire pâturer la prairie en alternance par d'autres herbivores, bovins ou moutons, est une autre façon de valoriser les refus, quand un voisin éleveur peut s'y prêter.

Le paddock d'hiver

De novembre à mars, sur sol humide, quelques jours de piétinement suffisent à détruire le tapis végétal. Beaucoup de propriétaires réservent alors une surface réduite, le paddock d'hiver ou parcours, de préférence stabilisée et bien drainée, près de l'abri et du point d'eau, où les chevaux reçoivent leur foin. Le reste de la prairie est mis au repos ou pâturé seulement par temps sec. Le printemps venu, la reprise de l'herbe est plus rapide et la prairie moins envahie.

Transition au printemps

L'herbe jeune de printemps est riche en sucres. La remise à l'herbe se fait progressivement, sur quelques jours, en limitant la durée de pâturage au début, surtout pour les chevaux et poneys à tendance à l'embonpoint, plus exposés à la fourbure.

Entretenir la prairie

Hersage au printemps pour étaler les crottins et aérer, sursemis des zones dégradées, chaulage si le sol est acide, fauche des refus : l'entretien se raisonne parcelle par parcelle. Une analyse de sol, proposée par les laboratoires agréés et les chambres d'agriculture, aide à décider d'un amendement plutôt que de le faire à l'aveugle.

La surveillance porte aussi sur la flore. Certaines plantes sont dangereuses pour les chevaux, et les arbres de bordure méritent un coup d'œil, en particulier l'érable sycomore, dont les graines et les jeunes pousses causent la myopathie atypique. Notre article sur les plantes toxiques au pré détaille ces risques.

Faucher ou acheter son foin ?

Sur une petite surface, faucher une partie de ses prés pour faire son propre foin est tentant, mais suppose du matériel ou un prestataire, un séchage sans pluie et un lieu de stockage sec. Beaucoup préfèrent acheter leur foin à un agriculteur voisin et consacrer toute la surface au pâturage. Dans les deux cas, il faut prévoir de quoi nourrir les chevaux pendant les mois sans herbe, ce qui pèse lourd dans le budget ; notre guide pour choisir une maison avec terrain pour ses chevaux en tient compte.

Sources