Plantes toxiques pour le cheval : érable sycomore, séneçon, if et les autres

Un cheval au pré trie ce qu'il mange, et la plupart du temps il évite d'instinct les plantes amères ou dangereuses. Mais cet instinct a ses limites : quand l'herbe manque, quand une plante toxique se retrouve séchée dans le foin, ou quand le poison se cache dans des graines tombées d'un arbre voisin. Chaque automne, l'IFCE et les vétérinaires rappellent ainsi le danger de l'érable sycomore, responsable d'une maladie musculaire souvent mortelle.
L'érable sycomore et la myopathie atypique
La myopathie atypique est une intoxication qui détruit les fibres musculaires, y compris celles des muscles respiratoires et du cœur. Selon les fiches de l'IFCE, elle est due à des toxines, dont l'hypoglycine A, contenues dans les graines (les samares, ces « hélicoptères » qui tournoient en tombant) et dans les plantules de certains érables : en Europe, principalement l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus), aux États-Unis l'érable négundo. Les fleurs contiennent aussi la toxine. Il n'existe pas d'antidote, et, selon le dépliant de l'IFCE, la maladie est fatale dans les trois quarts des cas.
Le risque est saisonnier : à l'automne, quand les samares tombent en masse sur les prés, surtout après des coups de vent et des pluies, et peuvent être dispersées jusqu'à 200 mètres des arbres ; au printemps, quand les graines germent et que les plantules apparaissent dans l'herbe. Les prairies pauvres en herbe, où les chevaux sont tentés de manger ce qu'ils trouvent au sol, sont les plus exposées.
- Identifier les arbres : l'érable sycomore a de grandes feuilles à cinq lobes et des samares groupées en grappes pendantes, aux ailes formant un angle à peu près droit. L'IFCE classe en revanche l'érable champêtre et l'érable plane parmi les arbres inoffensifs.
- Mettre en défens les zones situées sous et autour des arbres en période de chute des graines et de germination, avec une clôture électrique.
- Ramasser les samares sur les petites surfaces quand c'est possible.
- Apporter du foin quand l'herbe se fait rare, pour que les chevaux ne cherchent pas au sol.
- Rentrer ou déplacer les chevaux après les tempêtes d'automne qui dispersent les graines.
Les premiers signes, raideur, faiblesse, tremblements, urines foncées, difficulté à se relever, imposent d'appeler le vétérinaire sans attendre. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances sont grandes.
Le séneçon, un poison lent
Les séneçons, en particulier le séneçon de Jacob, aux fleurs jaunes en petits capitules, contiennent des alcaloïdes qui s'accumulent et abîment le foie, parfois sans symptôme pendant des mois. Au pré, le cheval évite généralement la plante fraîche, amère. Le danger vient surtout du foin : séché, le séneçon perd son goût désagréable. Le protocole Cheval bien-être de l'IFCE range d'ailleurs le séneçon et le datura parmi les plantes qui ne doivent pas se trouver dans un fourrage de bonne qualité.
Sur une prairie de chevaux, la lutte passe par l'arrachage des pieds avant la montée en graines, en évacuant les plantes arrachées hors de la parcelle, et par une gestion qui évite les zones rases où le séneçon s'installe.
Les haies et les jardins à surveiller
Beaucoup d'intoxications graves viennent de plantes ornementales, plantées en limite de pré ou jetées par-dessus la clôture avec des déchets de taille :
- If
- Toutes les parties sauf la chair rouge de la baie sont très toxiques ; une faible quantité peut être mortelle pour un cheval.
- Laurier-cerise, laurier-rose
- Feuilles toxiques, fréquentes dans les haies de lotissement en bordure de prés.
- Thuya, buis
- Haies courantes, à ne pas laisser à portée de dents.
- Glands de chêne
- Problématiques en grande quantité, surtout les années de forte glandée sur des prés pauvres.
- Datura
- Peut contaminer les fourrages et les cultures ; à écarter du foin.
Cette liste n'est pas exhaustive. La règle la plus simple : ne jamais donner ni laisser déposer de déchets de taille ou de tonte dans un pré, et demander aux voisins de faire de même. L'herbe tondue fermente vite et peut aussi provoquer des coliques.
Dans la prairie elle-même
D'autres plantes toxiques poussent directement dans les prés, surtout les prés humides, pauvres ou mal entretenus. Les renoncules, ces boutons d'or très communs, sont irritantes à l'état frais ; les chevaux les évitent en général tant qu'ils ont autre chose à manger, et elles perdent leur toxicité au séchage. La colchique d'automne, aux fleurs mauves sans feuilles en septembre, reste toxique dans le foin. La fougère aigle, fréquente en lisière de bois, devient dangereuse quand elle est consommée régulièrement. La ciguë et l'œnanthe, des ombellifères des zones humides, sont très toxiques.
La présence abondante de ces plantes est souvent le signe d'une prairie déséquilibrée : surpâturage, sol tassé ou trop humide, absence d'entretien. Avant d'arracher plante par plante, il vaut la peine de revoir la conduite de la parcelle, et de demander conseil à un technicien de la chambre d'agriculture pour les cas difficiles.
La meilleure protection reste une ration suffisante. Un cheval qui a du bon foin à disposition quand l'herbe manque est beaucoup moins tenté de grignoter les haies, les écorces ou les graines tombées au sol.
Que faire en cas de doute ?
Si vous voyez un cheval manger une plante suspecte, ou si un cheval présente des signes inhabituels (coliques, abattement, tremblements, troubles de la marche, urines foncées), appelez le vétérinaire et prélevez un échantillon de la plante pour l'identifier. Ne donnez pas de remède improvisé. Les centres antipoison vétérinaires rattachés aux écoles nationales vétérinaires peuvent aussi orienter le praticien.
Inspecter régulièrement ses prés
Un tour de prairie à chaque saison, carnet en main, permet de repérer les nouvelles plantes et de vérifier les bordures. Le printemps et la fin de l'été sont les bons moments pour arracher séneçons et adventices avant leur montée en graines ; l'automne, pour surveiller les érables. Un pré dense, bien géré, laisse moins de place aux plantes indésirables : notre article sur la gestion d'une petite prairie l'explique, et celui sur l'alimentation du cheval détaille comment juger un foin.
Sources
- IFCE, équipédia, « La myopathie atypique » et « L'érable sycomore : une espèce d'érables toxique » ; dépliant « Myopathie atypique » : equipedia.ifce.fr.
- D. Votion, « Prévention de la myopathie atypique à l'automne », webconférence IFCE, 2021.
- IFCE, université de Milan, INRAE, Protocole Cheval bien-être, 2020, indicateur « Qualité du fourrage conservé ».
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