Soins & alimentation

Plantes toxiques pour le cheval : érable sycomore, séneçon, if et les autres

Soins & alimentation · Publié le 2026-10-18

Grappe de samares rosées et feuilles lobées d'érable sycomore posées sur une pierre couverte de lichens
Samares et feuilles d'érable sycomore. Photo : Auró, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Un cheval au pré trie ce qu'il mange, et la plupart du temps il évite d'instinct les plantes amères ou dangereuses. Mais cet instinct a ses limites : quand l'herbe manque, quand une plante toxique se retrouve séchée dans le foin, ou quand le poison se cache dans des graines tombées d'un arbre voisin. Chaque automne, l'IFCE et les vétérinaires rappellent ainsi le danger de l'érable sycomore, responsable d'une maladie musculaire souvent mortelle.

L'érable sycomore et la myopathie atypique

La myopathie atypique est une intoxication qui détruit les fibres musculaires, y compris celles des muscles respiratoires et du cœur. Selon les fiches de l'IFCE, elle est due à des toxines, dont l'hypoglycine A, contenues dans les graines (les samares, ces « hélicoptères » qui tournoient en tombant) et dans les plantules de certains érables : en Europe, principalement l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus), aux États-Unis l'érable négundo. Les fleurs contiennent aussi la toxine. Il n'existe pas d'antidote, et, selon le dépliant de l'IFCE, la maladie est fatale dans les trois quarts des cas.

Le risque est saisonnier : à l'automne, quand les samares tombent en masse sur les prés, surtout après des coups de vent et des pluies, et peuvent être dispersées jusqu'à 200 mètres des arbres ; au printemps, quand les graines germent et que les plantules apparaissent dans l'herbe. Les prairies pauvres en herbe, où les chevaux sont tentés de manger ce qu'ils trouvent au sol, sont les plus exposées.

Prévenir

Les premiers signes, raideur, faiblesse, tremblements, urines foncées, difficulté à se relever, imposent d'appeler le vétérinaire sans attendre. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances sont grandes.

Le séneçon, un poison lent

Les séneçons, en particulier le séneçon de Jacob, aux fleurs jaunes en petits capitules, contiennent des alcaloïdes qui s'accumulent et abîment le foie, parfois sans symptôme pendant des mois. Au pré, le cheval évite généralement la plante fraîche, amère. Le danger vient surtout du foin : séché, le séneçon perd son goût désagréable. Le protocole Cheval bien-être de l'IFCE range d'ailleurs le séneçon et le datura parmi les plantes qui ne doivent pas se trouver dans un fourrage de bonne qualité.

Sur une prairie de chevaux, la lutte passe par l'arrachage des pieds avant la montée en graines, en évacuant les plantes arrachées hors de la parcelle, et par une gestion qui évite les zones rases où le séneçon s'installe.

Les haies et les jardins à surveiller

Beaucoup d'intoxications graves viennent de plantes ornementales, plantées en limite de pré ou jetées par-dessus la clôture avec des déchets de taille :

If
Toutes les parties sauf la chair rouge de la baie sont très toxiques ; une faible quantité peut être mortelle pour un cheval.
Laurier-cerise, laurier-rose
Feuilles toxiques, fréquentes dans les haies de lotissement en bordure de prés.
Thuya, buis
Haies courantes, à ne pas laisser à portée de dents.
Glands de chêne
Problématiques en grande quantité, surtout les années de forte glandée sur des prés pauvres.
Datura
Peut contaminer les fourrages et les cultures ; à écarter du foin.

Cette liste n'est pas exhaustive. La règle la plus simple : ne jamais donner ni laisser déposer de déchets de taille ou de tonte dans un pré, et demander aux voisins de faire de même. L'herbe tondue fermente vite et peut aussi provoquer des coliques.

Dans la prairie elle-même

D'autres plantes toxiques poussent directement dans les prés, surtout les prés humides, pauvres ou mal entretenus. Les renoncules, ces boutons d'or très communs, sont irritantes à l'état frais ; les chevaux les évitent en général tant qu'ils ont autre chose à manger, et elles perdent leur toxicité au séchage. La colchique d'automne, aux fleurs mauves sans feuilles en septembre, reste toxique dans le foin. La fougère aigle, fréquente en lisière de bois, devient dangereuse quand elle est consommée régulièrement. La ciguë et l'œnanthe, des ombellifères des zones humides, sont très toxiques.

La présence abondante de ces plantes est souvent le signe d'une prairie déséquilibrée : surpâturage, sol tassé ou trop humide, absence d'entretien. Avant d'arracher plante par plante, il vaut la peine de revoir la conduite de la parcelle, et de demander conseil à un technicien de la chambre d'agriculture pour les cas difficiles.

Un cheval affamé goûte à tout

La meilleure protection reste une ration suffisante. Un cheval qui a du bon foin à disposition quand l'herbe manque est beaucoup moins tenté de grignoter les haies, les écorces ou les graines tombées au sol.

Que faire en cas de doute ?

Si vous voyez un cheval manger une plante suspecte, ou si un cheval présente des signes inhabituels (coliques, abattement, tremblements, troubles de la marche, urines foncées), appelez le vétérinaire et prélevez un échantillon de la plante pour l'identifier. Ne donnez pas de remède improvisé. Les centres antipoison vétérinaires rattachés aux écoles nationales vétérinaires peuvent aussi orienter le praticien.

Inspecter régulièrement ses prés

Un tour de prairie à chaque saison, carnet en main, permet de repérer les nouvelles plantes et de vérifier les bordures. Le printemps et la fin de l'été sont les bons moments pour arracher séneçons et adventices avant leur montée en graines ; l'automne, pour surveiller les érables. Un pré dense, bien géré, laisse moins de place aux plantes indésirables : notre article sur la gestion d'une petite prairie l'explique, et celui sur l'alimentation du cheval détaille comment juger un foin.

Sources