Soins & alimentation

Nourrir son cheval : le fourrage d'abord, en quantité et en continu

Soins & alimentation · Publié le 2026-10-20

Gros plan en noir et blanc sur la tête d'un cheval blanc qui mange du foin posé au sol
Cheval au foin. Photo : Minolaf, via Wikimedia Commons, CC0.

Le cheval est un herbivore taillé pour manger peu à la fois, mais très souvent : son estomac est petit, son intestin long, et tout son équilibre digestif repose sur un apport continu de fibres. Les rations modernes, riches en céréales et distribuées en deux repas copieux, vont à l'encontre de ce fonctionnement. Pour un cheval de loisir, la règle la plus utile tient en une phrase : le fourrage d'abord, en quantité suffisante et réparti sur la journée.

Le fourrage, base de la ration

Le protocole Cheval bien-être, élaboré par l'IFCE avec l'INRAE et l'université de Milan, est clair : le fourrage, herbe ou fourrage conservé (foin, enrubanné), doit être le composant principal de la ration. Consommé en quantité suffisante et réparti sur la journée, il limite les risques de coliques, d'ulcères gastriques et de stéréotypies, a des effets favorables sur le comportement et permet de réguler l'apport d'énergie.

Au pré, avec une herbe abondante, la question de la quantité se pose peu : le cheval se sert. Elle devient centrale dès que l'herbe manque, l'hiver, en période sèche ou pour un cheval qui vit au box ou au paddock.

Combien de foin par jour ?

Pour un cheval adulte qui n'est pas au régime, le protocole retient un minimum de 1,5 % du poids vif en matière sèche de fourrage par jour. Pour un cheval qui doit maigrir, on peut descendre à 1,25 %. Un foin contenant en moyenne 85 % de matière sèche, cela donne les repères suivants.

Quantité minimale de foin par jour (foin à 85 % de matière sèche), d'après le protocole Cheval bien-être de l'IFCE (2020).
Poids du chevalFoin minimum par jour
200 kg (petit poney)3,5 kg
300 kg5 kg
400 kg7 kg
500 kg9 kg
600 kg11 kg
700 kg12 kg
800 kg (trait)14 kg

Pour un enrubanné, plus humide (de l'ordre de 60 % de matière sèche), il faut davantage de produit brut : environ 12,5 kg pour un cheval de 500 kg. Le plus fiable est de peser : un filet rempli, une fourchée, une tranche de botte. L'œil se trompe facilement, surtout d'une botte à l'autre.

Encore faut-il connaître le poids du cheval. À défaut de balance, l'IFCE propose une estimation à partir du tour de poitrine et de la hauteur au garrot, avec un outil de simulation en ligne.

Le rythme compte autant que la quantité

Le même protocole précise que le fourrage devrait être disponible au moins 8 heures par jour, avec moins de 4 heures de jeûne successives, de jour comme de nuit, ce qui suppose au moins deux distributions quotidiennes. Un cheval qui reçoit sa ration de foin le soir et n'a plus rien entre minuit et le matin passe de longues heures l'estomac vide.

Reconnaître un bon foin

Un fourrage de bonne qualité sanitaire a une odeur agréable d'herbe séchée, n'est pas poussiéreux et ne présente pas de zones moisies ou pourries. Un foin poussiéreux, à l'odeur âcre, aux zones grisâtres ou tachetées, ou contenant de la terre et des cailloux, peut provoquer des troubles respiratoires ou digestifs. Prélevez une poignée au cœur de la botte, sentez-la, secouez-la à la lumière.

La valeur nutritive dépend surtout de la date de récolte : un foin récolté tôt, vert et feuillu, convient aux chevaux à forts besoins (croissance, travail soutenu, lactation) ; un foin plus tardif, plus jaune et plus riche en tiges, convient mieux aux chevaux à l'entretien ou au régime, c'est-à-dire à la plupart des chevaux de loisir.

Plantes toxiques dans le foin

Certaines plantes, comme le séneçon ou le datura, perdent leur goût désagréable au séchage : un cheval qui les évite au pré peut les consommer dans le foin. Un fourrage qui en contient doit être écarté. Notre article sur les plantes toxiques détaille les espèces à surveiller.

Concentrés, minéraux et transitions

Un cheval de loisir au travail léger, nourri d'un bon fourrage, n'a souvent pas besoin de céréales ni de granulés. Les concentrés se justifient pour couvrir des besoins accrus, et toujours en petites quantités réparties. Un complément minéral et vitaminé, ou une pierre à sel, est en revanche fréquemment utile, en particulier quand la ration repose sur un seul fourrage : le vétérinaire ou un nutritionniste peut aider à choisir.

Tout changement de ration, de foin ou de pâture doit être progressif, étalé sur plusieurs jours. Les changements brutaux, comme le passage du foin à l'herbe de printemps, sont une cause classique de coliques et de fourbure.

Surveiller l'état corporel

La meilleure mesure de la ration, c'est le cheval lui-même. Le protocole Cheval bien-être utilise une note d'état corporel de 1 (très maigre) à 5 (très gras), établie par la vue et le toucher sur trois zones : les côtes sous la selle, l'arrière de l'épaule et le garrot. Une note comprise entre 2,5 et 3,5 est considérée comme satisfaisante. En dessous, il faut chercher la cause (quantité, qualité, dents, parasites, maladie) ; au-dessus, réduire l'énergie de la ration et augmenter l'exercice.

Notez l'état corporel de vos chevaux une fois par mois, sur un carnet : les variations lentes passent inaperçues quand on voit ses chevaux tous les jours.

Et l'eau ?

Un cheval nourri au foin boit davantage qu'un cheval à l'herbe, puisque le foin est sec. Une eau propre et accessible en permanence fait partie de la ration ; nous y consacrons un article : l'eau et l'abreuvement du cheval.

Sources