Bien-être du cheval : les besoins fondamentaux, des congénères, du fourrage et de la liberté

« Un cheval bien soigné » : pendant longtemps, l'expression a désigné un animal propre, bien nourri, logé au box et couvert l'hiver. Les connaissances accumulées par les éthologues et les vétérinaires ont déplacé le regard. Le bien-être d'un cheval ne se mesure pas à son confort apparent, mais à la satisfaction de ses besoins propres, qui ne sont pas les nôtres. Trois d'entre eux reviennent dans toutes les études : la compagnie de congénères, un accès quasi continu au fourrage, et la liberté de se mouvoir.
Une définition officielle
En 2018, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a proposé une définition du bien-être animal, reprise depuis par l'IFCE : c'est « l'état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes », un état qui « varie en fonction de la perception de la situation par l'animal ».
Cette définition a deux conséquences. D'abord, le bien-être est un ressenti de l'animal : on ne peut pas le décréter de l'extérieur, il faut l'observer sur le cheval lui-même. Ensuite, il ne suffit pas d'éviter la souffrance ; il s'agit de permettre un état positif. La distinction est utile : la bientraitance désigne ce que l'humain apporte (ressources, soins), le bien-être ce que le cheval en ressent.
Quatre principes, douze critères
Le protocole Cheval bien-être, élaboré par l'IFCE avec l'université de Milan et l'INRAE à partir du protocole européen AWIN, évalue le bien-être d'un cheval selon quatre grands principes, déclinés en douze critères :
- Alimentation
- Alimentation adaptée ; abreuvement adapté.
- Hébergement
- Confort pour le repos ; confort thermique ; facilité de mouvement.
- Santé
- Absence de blessures ; absence de maladies ; absence de douleur, y compris celle induite par les pratiques.
- Comportement
- Expression des comportements sociaux ; bonne relation homme-animal ; état émotionnel positif et autres comportements de l'espèce.
Le protocole résume sa logique en une phrase : l'hébergement des chevaux en groupe sur une pâture adaptée offre les conditions optimales pour le respect de leur bien-être, tandis que le confinement au box avec peu de fourrage, peu de liberté et peu de relations avec les autres chevaux conduit à des altérations du bien-être.
Premier besoin : des congénères
Le cheval est une espèce sociale. Le protocole considère comme satisfaisante la vie en groupe, avec possibilité de contact physique complet et de toilettage mutuel ; comme intermédiaire, la possibilité de se toucher, de se sentir ou de se voir de près ; et comme non satisfaisante l'absence de tout contact physique ou visuel proche. La fiche officielle du service public sur la détention d'un équidé insiste elle aussi sur des moments de liberté « si possible avec des congénères ».
Pour un particulier, cela signifie ne pas garder un cheval seul. Un compagnon peut être un autre cheval, un poney ou un âne, à condition de tenir compte des affinités et de laisser le temps aux animaux de faire connaissance, d'abord de part et d'autre d'une clôture.
Deuxième besoin : du fourrage, longtemps
Le système digestif du cheval est conçu pour une alimentation fibreuse quasi continue. Les éthologues de l'université de Rennes rappellent qu'un estomac vide est déjà une source d'inconfort, et que le manque de fibres est l'une des premières causes d'apparition des stéréotypies. Le protocole recommande un fourrage disponible au moins 8 heures par jour, avec moins de 4 heures de jeûne successives. Notre article sur l'alimentation du cheval donne les quantités.
Troisième besoin : bouger librement
Dans la nature, le cheval se déplace lentement presque en permanence. Au box, il en est privé. La réglementation demande qu'un cheval hébergé en intérieur puisse bénéficier d'une activité physique régulière et de sorties quotidiennes, y compris en dehors du travail, en privilégiant des moments de liberté qui lui permettent de se détendre et de se rouler. Le travail monté ne remplace pas la liberté : les études citées par le guide de l'université de Rennes montrent que les chevaux qui sortent chaque jour sont plus faciles à manipuler et moins nerveux au travail.
Le protocole retient quatre indicateurs de mal-être : les stéréotypies (tic à l'appui, tic de l'ours, déplacements répétitifs le long d'une clôture…), la posture de retrait (cheval figé, indifférent à son environnement), l'agressivité envers l'humain et l'hypervigilance. Ce sont des signaux à prendre au sérieux : ils traduisent une frustration présente ou passée, ou une douleur.
La santé, condition du bien-être
Un cheval qui souffre ne peut pas aller bien. Douleurs de dos, problèmes dentaires, pieds négligés, parasitisme, blessures liées au harnachement : beaucoup de comportements jugés « difficiles » ont une cause physique. Les éthologues ont par exemple montré un lien entre problèmes vertébraux et agressivité envers l'humain. Avant de chercher une explication « psychologique », un examen vétérinaire s'impose.
Ce que dit la loi
Le code rural reconnaît l'animal comme un être sensible, qui doit être placé dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. Depuis la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, tout détenteur particulier d'équidé doit signer un certificat d'engagement et de connaissance des besoins de l'espèce. Ces textes posent un cadre minimal ; le bien-être, lui, se construit au quotidien, par l'observation.
Observer son cheval
Le meilleur outil reste l'observation, à des moments calmes, sans intervenir : comment le cheval passe-t-il ses journées ? Mange-t-il longtemps, se couche-t-il, interagit-il avec les autres ? Comment réagit-il à votre arrivée ? Nos articles sur l'éthologie et sur le langage corporel donnent des clés de lecture, et celui sur les ateliers avec les chevaux rappelle que le bien-être de l'animal doit rester une priorité dans toutes les activités qui l'impliquent.
Sources
- Anses, avis relatif au « Bien-être animal : contexte, définition et évaluation », saisine n° 2016-SA-0288, 2018 : anses.fr.
- IFCE, université de Milan, INRAE, Protocole Cheval bien-être, 2020.
- M. Hausberger, C. Lesimple, CCMSA, Mieux connaître le cheval pour assurer bien-être et sécurité, 2016.
- Service public, « Avoir un équidé : quelles sont les règles ? », fiche F34986, vérifiée le 25 novembre 2025.
- Code rural et de la pêche maritime, article L214-1 ; loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021, Légifrance.
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