Soins & alimentation

Les pieds du cheval : curage, parage, ferrure ou pieds nus

Soins & alimentation · Publié le 2026-10-16

Un maréchal-ferrant penché sous un cheval, le pied de l'animal calé entre ses genoux, en train de travailler la corne
Maréchal-ferrant au travail. Photo : AnnyLL, via Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

« Pas de pied, pas de cheval » : le vieux dicton des écuries reste d'actualité. Le sabot porte un animal de plusieurs centaines de kilos, absorbe les chocs, participe à la circulation sanguine du membre, et pousse en permanence, comme un ongle. Un pied négligé devient vite douloureux et déséquilibre tout le cheval. Les soins des pieds associent des gestes quotidiens, à la portée de chaque propriétaire, et l'intervention régulière d'un professionnel, le maréchal-ferrant.

Le geste quotidien : curer et regarder

Curer les pieds, c'est retirer avec un cure-pied la terre, les cailloux et le fumier accumulés sous le sabot, en dégageant bien les lacunes, ces sillons de part et d'autre de la fourchette. C'est aussi l'occasion d'inspecter chaque pied :

Un cheval au pré n'a pas forcément besoin d'être curé chaque jour s'il vit sur un sol propre et sec, mais un coup d'œil quotidien reste la meilleure prévention. Apprendre à son cheval à donner les pieds calmement facilite aussi le travail du maréchal et du vétérinaire.

Le parage : la corne pousse sans cesse

La paroi du sabot pousse en continu. Chez un cheval sauvage qui parcourt de longues distances sur sol dur, l'usure compense la pousse. Chez un cheval domestique, ce n'est généralement pas le cas : le pied s'allonge, se déforme, s'évase ou se fend. Le parage, réalisé par le maréchal-ferrant, consiste à raccourcir et rééquilibrer le sabot.

Le rythme dépend de l'animal, de son mode de vie, du sol et de la saison : la corne pousse plus vite au printemps et en été. Pour un cheval de selle ferré, l'IFCE conseille de renouveler la ferrure tous les 45 à 60 jours, à moduler selon l'utilisation et la repousse de la corne ; pour les poulains, elle recommande des premiers parages vers 4 à 6 semaines, puis un parage d'entretien toutes les 6 à 8 semaines, plus ou moins souvent selon les individus. Le protocole Cheval bien-être de l'IFCE considère comme non satisfaisants des pieds démesurément longs, fendus ou cassés, ou un parage qui entraîne des défauts d'aplomb.

Ferrure ou pieds nus ?

La ferrure protège le pied de l'usure excessive et peut corriger certains défauts ou soulager certaines pathologies. Elle n'est pas toujours nécessaire : de nombreux chevaux de loisir, qui travaillent surtout sur sols souples, vivent très bien pieds nus, à condition d'être parés régulièrement. Le choix dépend :

Du sol
Chemins caillouteux, routes goudronnées et terrains durs usent la corne plus vite qu'elle ne pousse.
De l'usage
Randonnée régulière sur longues distances, travail intensif, compétition.
De la qualité de la corne
Variable selon les individus, l'alimentation et l'hérédité.
De la santé du pied
Certaines affections justifient une ferrure orthopédique, décidée avec le vétérinaire.

Pour la randonnée, des hipposandales (« boots ») peuvent offrir une protection ponctuelle à un cheval habituellement pieds nus. Elles doivent être bien ajustées pour ne pas blesser. Notre article sur la préparation d'une randonnée en parle.

Les signes d'alerte

Abcès de pied

Un cheval qui boite brutalement et fortement, au point de refuser de poser un pied, souffre souvent d'un abcès : une infection sous la sole ou dans la paroi, parfois après l'entrée d'un caillou ou d'un clou. Le maréchal ou le vétérinaire ouvre l'abcès pour drainer l'infection. C'est douloureux mais en général rapidement résolu.

Fourbure

La fourbure est une inflammation des tissus qui attachent l'os du pied à la paroi. C'est une urgence. Le cheval, souvent sur les deux antérieurs, se campe en reportant son poids vers l'arrière, rechigne à avancer, a les pieds chauds et un pouls digital marqué. Elle survient notamment chez les chevaux et poneys en surpoids sur une herbe de printemps riche, après une surcharge en céréales ou dans certaines maladies hormonales. Appelez le vétérinaire immédiatement et retirez le cheval de l'herbe.

Seimes et fissures

Une fissure verticale de la paroi, la seime, peut rester superficielle ou atteindre les tissus sensibles. Elle traduit souvent un pied trop long ou mal équilibré, ou une corne de mauvaise qualité. Le maréchal évalue s'il faut intervenir.

L'environnement compte

Les pieds souffrent de l'alternance entre humidité et sécheresse, et d'un piétinement prolongé dans la boue. Une aire stabilisée autour de l'abri et du râtelier, une litière propre et sèche, et un fumier évacué régulièrement préservent la corne. L'alimentation joue aussi : un fourrage de qualité en quantité suffisante et un complément minéral adapté contribuent à une corne saine ; notre article sur l'alimentation du cheval donne les repères.

Les pieds au fil des saisons

Au printemps, la corne pousse plus vite et l'herbe riche augmente le risque de fourbure chez les animaux sensibles. L'été, sur sol sec et dur, la corne peut devenir cassante et s'écailler. L'automne et l'hiver, la boue ramollit la corne et favorise les infections de la fourchette. Adapter le rythme du parage, l'organisation des parcelles et la surveillance à la saison évite bien des problèmes.

Travailler avec son maréchal-ferrant

Prévoyez un endroit plat, propre, à l'abri de la pluie et du vent, un cheval attaché ou tenu calmement, et notez les dates de passage. Signalez tout changement d'allure, de comportement ou d'usage. Un bon dialogue entre maréchal et vétérinaire est précieux en cas de problème. Le suivi des pieds s'inscrit dans un carnet de soins, aux côtés des coproscopies et des traitements décrits dans notre article sur la vermifugation raisonnée.

Sources